Préparer un voilier pour le Grand Sud

C’est à Buenos Aires que nous avons préparé ANAO pour naviguer dans les régions australes. 

Car là-bas, pas de supermarché, de station-service ou de mécano à tous les coins de rue : il faut se débrouiller seul, d’où la nécessité d’une bonne préparation.

Péninsule antarctique

Ci-dessous la liste de ce que nous avons fait avant de descendre à Ushuaia


Gréement / accastillage

Les navigations dans le sud sont réputées ventées, alors on a pris le temps de bien regarder le gréement dormant et si toutes les manœuvres étaient ok.

  • Révision du gréement dormant et changement d’une partie du gréement courant
  • Révision de l’accastillage et des winches, réparation de réas cassés

Mouillage

Sans un bon mouillage, un solide guindeau et une annexe qui marche, compliqué de s’en sortir dans cette région du monde. On y a donc apporté un soin particulier.

  • Rallongement du mouillage actuel (60m de chaîne de Ø10) avec 50m de câblot
  • Achat d’un mouillage de secours
  • Révision complète du guindeau
  • Achat d’une nouvelle annexe
  • Revue du moteur hors-bord
  • Création de barres d’inox pour l’amarrage à terre sur les rochers
Epissure chaîne / câblot

Amarrage

Les tourets permettent un amarrage plus aisé dans les canaux de Patagonie et en Antarctique.

Les mouillages étant souvent profonds et les caletas petites, l’ancre ne suffit pas pour retenir le voilier au mouillage (d’autant que des vents catabatiques peuvent s’abattre puissamment des montagnes) et il n’y a pas la place pour éviter.

Il faut donc porter de longues amarres à terre en annexe, que l’on accroche à des rochers ou des arbres, d’où l’utilité des tourets qui dévident le bout au fur et à mesure que l’annexe s’éloigne du bateau.

Nous avons opté pour 4 tourets de 110 mètres d’amarre torsadée flottante (important pour éviter les bouts dans l’hélice).

Les deux tourets de devant ont été installés entre les balcons de mât et les haubans. Les deux tourets de derrière sont fixés sur le balcon arrière. Pour un voilier de 10T comme ANAO, du bout de Ø14 était suffisant.

D’autres équipages choisissent de mettre des cageots sur le pont, de grands bacs, des sacs de jardinage auto-portatifs ou même les enroulent directement autour des balcons de mât. 

Touret avant

Motorisation

Les navigations au près sont fréquentes dans la région, donc on appuie parfois au moteur (mais certains rares courageux font aussi tout à la voile dans les canaux !).

En Antarctique, l’utilisation du moteur est encore plus importante (pour éviter la glace, parce que la cartographie est approximative et aussi parce que les jours où l’on quitte le mouillage sont justement les jours de calme).

Le moteur est donc utilisé presque quotidiennement et nécessite un entretien méticuleux.

  • Entretien courant du moteur et revue de l’inverseur qui faisait un drôle de bruit
  • Achat de stock de filtres à gasoil, liquide de refroidissement, huile moteur pour plusieurs vidanges
  • Changement du moteur du pilote automatique
  • Révision des drosses de barre à roue
  • Révision complète du régulateur d’allure (changement des paliers) et mise en place d’un nouveau système de drosses pris sur la barre franche
Démontage de l’inverseur pour la 2ème fois…

Capacité en gasoil

Embarquer de grandes quantités de gasoil est indispensable pour plusieurs raisons :

  • une partie de la navigation se fait au moteur
  • le poêle consomme une trentaine de litres par semaine car il tourne 24/7
  • le ravitaillement est rare et/ou cher

Sur ANAO, nous avions un seul réservoir de 200 litres. Avec 7 bidons supplémentaires arrimés sur le pont, nous pouvons embarquer 1000 litres de carburant.

En un mois en Antarctique (plus 10 jours de navigation A/R durant lesquels le poêle a tourné une partie du temps), nous n’avons finalement utilisé que 450 litres entre le chauffage et les heures moteur.

Nous avions pris une grosse marge au cas où il aurait fallu appuyer au moteur dans le passage de Drake (ce qui n’a pas été le cas) ou si nous avions dû rester davantage de temps sur place avant d’avoir une bonne fenêtre météo pour le retour.

Stockage supplémentaire

Voiles

Gros dossier que celui de la couture, car les voiles sont très sollicitées dans le Sud où les vents moyens sont forts à très forts.

  • Commande d’une nouvelle trinquette avec prise de ris
  • Révision de deux autres trinquettes plus anciennes, du tourmentin, du solent (reprise de couture, changement de mousquetons et œillets grippés), de la GV (patch, penons) et du génois (changement de la bande anti-UV)
  • Rafistolage de notre taud de GV qui tombait en morceaux
  • Reprise des coutures de la capote et changement du PVC cristal
  • Création d’une protection dans le cockpit pour rester au chaud et à l’abri de la pluie, de la neige et du vent lors des quarts
  • Création d’un sac étanche pour tenter de protéger encore un peu notre vélo-pliable-chinois-bas-de-gamme-en acier de la rouille (peine perdue n’est-ce pas?)

Nous venons aussi de faire l’acquisition d’une machine à coudre italienne des années 50 que nous commençons à apprivoiser.

Capote de protection

Chauffage / Isolation

C’est le grand sujet des voiliers qui s’engagent dans les régions froides : Refleks ou Webasto, les avis divergent. Nous on apprécie le Refleks pour son côté rustique et chaleureux.

  • Il y a un an, à Angers, nous avions installé un poêle Refleks. Pas si facile, car il a fallu déplacer une cloison pour lui trouver une place dans le carré, réfléchir à une sortie sur le pont permettant un tirage le plus direct possible, tout en pensant au passage des voiles lors des virements. Malgré tout, après tests en situation réelle, la cheminée s’avère trop près du passage des écoutes lors des manœuvres. Résultat : lors d’un coup de tabac dans le Rio de la Plata, nous avons perdu à l’eau notre cheminée malgré que nous l’ayant assurée ! Solution : on rebouche le pont et on change l’emplacement de la cheminée. Concernant les articles sur les poêles à gasoil > d’après les conseils de Rémy Danilo
  • Mise en place d’un détecteur de monoxyde de carbone
  • Création d’un chauffage d’appoint dans la cabine arrière grâce à un système de déviation du circuit du liquide de refroidissement du moteur thermique
  • Mise en place de double vitrage sur les hublots
  • Revue d’une partie de l’isolation
  • Revue de l’étanchéité de la descente
Double vitrage PVC cristal / scratch

Gérer le gros temps

Il faut mettre toutes les chances de son côté pour que le bateau reste rangé en cas de chavirage ou de retournement.

  • Mise en place de toiles anti-rouli (et oui, on n’en avait pas !)
  • Mise en place d’un système anti-retournement pour les planchers > d’après les conseils de Banik
  • Installation de divers filets de retenue et système de blocage des équipets
  • Arrimage de divers objets : table à cartes, frigo, parc batteries…

Navigation / Sécurité

  • Installation d’un radar
  • Achat d’une carte SIM pour téléphone satellite car dans ces hautes latitudes la radio HF (BLU) fonctionne mal
  • Révision classique avant toute grande croisière: feux, passe-coques, pompes de cale, filières, lignes de vie, gilet de sauvetage, grab bag, balise de détresse, pharmacie…