Afrique de l’Ouest : itinéraire bis avant de traverser


Et si on prenait une route différente ?

Histoire de voir autre chose que les classiques îles atlantiques de Madère, des Canaries et du Cap Vert.

Pourquoi pas l’Afrique pour remonter des fleuves et crapahuter en brousse ? Maroc, Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau : les possibilités d’escales sont innombrables et ces pays gagnent à être (re)découverts par les plaisanciers.

Contrairement aux idées reçues, l’Afrique de l’Ouest en voilier n’est pas réservée aux baroudeurs intrépides.

L’aventure est accessible à tout équipage confiant et ouvert, même avec des enfants. Il suffit de s’informer sur ces zones de navigation particulières, respecter les us et coutumes et rester en alerte sur les éventuels dangers.

Clé de la réussite ? Un bateau bien préparé et parfaitement autonome, ainsi que l’envie de sortir des sentiers battus. Alors pourquoi s’interdire une région du monde si magnétique et envoutante, finalement moins loin de l’Europe qu’il n’y paraît pour les candidats à la transtlantique ?

Navigation Maroc – Canaries
Navigation Cap Vert – Sénégal – Guinée-Bissau

Changement de programme

Tout a commencé lors de notre première traversée de 900 milles entre l’Espagne et les Açores.C’est parti de rien… un simple livre du SHOM dans la bibliothèque de bord.

Jour 1 : 35 nœuds vent arrière et des vagues de 4m : on prend nos marques dans le gros temps sur ce bateau que nous n’avons navigué que 400 milles depuis le départ de Nantes. Nous affalons la GV et tangonnons le génois avant de l’enrouler de moitié. Cette combinaisons de voilure nous semble la moins pire de tout ce que nous avons essayé jusque-là. Nous apprendrons plus tard qu’il y a bien mieux à faire, mais ces milles-là sont nos premiers en hauturier.

Jour 2 : Jalil sort des cales d’Anao les instructions nautiques du SHOM d’Afrique de l’Ouest datant de 1979. Histoire de se distraire, rien de plus.

Jour 3 : La mer est grosse. Jalil lit. Claire vomit.

Jour 4 : J’ai envie de retourner au Maroc. OK, allons-y.

Jour 5 : On pourrait peut-être pousser ensuite au Saloum ou en Casamance….

Jour 6 : … ou remonter le fleuve Gambie ?

Jour 7 : Les Bijagos, tu vois où c’est ma chérie ?

Un brin de défi, l’excitation monte… C’est décidé, après les Açores, nous filerons en Afrique de l’Ouest.





Si c’était à refaire

Nous aurions fait escale en Mauritanie. Il y a là-bas le Parc National du Banc d’Arguin classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le récit de plaisanciers qui parlaient de la région avec émerveillement nous avait mis l’eau à la bouche.

Rendu célèbre par le navire de la Méduse qui s’y échoua en 1816, le Banc d’Arguin est le paradis des oiseaux migrateurs en Afrique de l’Ouest. Couvrant un tiers du littoral mauritanien, entre mer et désert, il est possible d’aller à la rencontre des Imraguen, pêcheurs connus pour leurs pratiques de prélèvements raisonnés. Malheureusement, nous avons dû renoncer faute d’information concernant la sécurité des voyageurs dans le contexte de tension politique actuel au Mali.


Si nous avions eu plus de temps, nous aurions également remonté le fleuve Gambie praticable sur plus de 150 milles. On est en eau douce autour de 100 milles. Les paysages de mangroves gigantesques font ensuite place aux savanes avec baobabs au bord de l’eau et villages de cases. C’est aussi le seul endroit au monde où l’on peut naviguer côte à côte avec des hippopotames ! Petit pays anglophone encastré dans le Sénégal, il est facile d’y faire les formalités à Banjul et la navigation apparait sans complication, le fleuve Gambie étant profond et bien balisé.


Enfin – mais il s’agit là d’un autre voyage, plus lointain, inconnu et dépaysant encore – nous aurions rêvé découvrir Banana Island et Turtle Island au Sierra Leone, puis faire halte à Abidjan, voire encore plus loin jusqu’à Sao Tomé & Principe. On peut ensuite envisager une transtlantique vers le Brésil (grâce aux alizés du sud-est) avec escale sur l’île de l’Ascension.

Mais les options ne s’arrêtent pas là : on peut tout aussi bien poursuivre le long de la côte africaine et atteindre Windhoek en Namibie, puis l’Afrique du Sud.

Une autre fois peut-être…